Review from La Gouttière :


Oscillations

Tout d'abord, bienvenu dans le Labo de la mégacorporation Neon Cage Experiment. Dans les rutilants locaux à l'artwork verdâtre, les tests les plus poussés ont lieu sur la douleur et la folie. La nouvelle charte nous interdit les protocoles sur les animaux, d'ailleurs les expériences sur les animaux, c'est la préhistoire, nous voici face aux techniques de pointe: l'expérimentation sur l'homme. Ne faites pas attention aux taches et aux cris, c'est le corollaire de toute recherche efficace. Des mannequins sont utilisés, mais ne vous en faites pas, vous ne verrez pas la différence avec les véritables humains, La NCE corp prend soin de réduire les expressions humaines au plus strict, la preuve, voyez ces samples mélangés aux voix. Qui crie? Qui récite? Qui psalmodie? Qui chante? Est-ce un chanteur aux accents Oghriens période « Rabies » ou est-ce issu d'un film? Ah je ne vous le dirai pas, sentez vous-même votre angoisse... Oui c'est vrai, j'oubliais, en écoutant ce premier album de NCE, vous êtes vous-même un des sujets de l'expérience... enfin tout cela va de soi... vous ne pensiez quand même pas pouvoir sortir indemne de la visite dans ces cachots sombres, dont l'éclairage au néon crépite en fulgurances break et electronica tout en gardant marqué le lourd tempo indus bruitiste des pas perdus des patients? Attention ne vous méprenez pas, ce n'est pas du patient OT qu'il faut s'attendre à percevoir les déambulations. Bien que l'ambient ne soit pas négligé ce n'est pas le principal atout du traitement... Oui, il est à base d'électrochocs, de petites bizarreries electronica, soit dans les aigüs, soit dans les sourdes basses liées. Il commence d'ailleurs à faire effet, vous tremblez d'une étrange manière, saccades incontrolables mêlées à des pas de danse réflexifs, en-dedans, comme inhibés. Il y a du dancefloor potentiel dans les préparations, une grande réussite lorsque dans le précipité étiqueté « Sequenced Lives » l'electronica-beat à la Aphex Twin conjugué aux nappes, aux cris féminins et chant masculin qui renforcent l'ambiance décalée, prend un virage avec cette coloration EBM/break à mi-parcours. Plus qu'un mélange détonnant en éprouvette, c'est un potentiel tube, très expérimental malgré tout. Attention ne renversez pas de ce « Surrender », son atmosphère délétère risque de vous étouffer d'abord par son rythme pesant (guitare saccadée aggressive sur rythmique dark wave), une fuite en avant en proie à un sentiment d'urgence, puis haletant, vous essaieriez de reprendre votre souffle, sachant le danger indicible proche, le salut est dans la fuite, mais la fuite n'a pas de but... D'ailleurs ne courez pas. Est-ce que vous couriez, en début de visite, quand vous vous pensiez en terrain connu, avec ces fausses impressions de « Fascist Jock Itch » sur « Untitled »? Eh oui la référence était un peu trop facile pour que « Puppy » vous laisse cette quiétude de se trouver en terrain connu, mais « Final Visions » éclaira d'une lente lumière dansante la face hachée d'un astre wave bien noir... A partir de « Suicide », vous auriez quand même dû remarquer qu'un seuil avait été franchi, vous entriez dans la partie la plus excitante de l'affaire, le mouvant, la destructure. Forcément tout est trop bien bâti pour qu'on remarque immédiatement que l'on perd pied... C'est très progressivement qu'on arrive aux très EBM « Our Judgement » et « We Two are One », avant de finir pantelant dans la cellule de « Breaking Machines », où le cycle de l'arpentage des murs conduit à la création d'un autre espace, confiné entre deux sons de guitare, tour à tour en retrait et rentre dedans, l'espace obsédant où l'on se regarde, comme de l'extérieur, subir les tourments des expériences, au point de se dissocier de sa douleur et de la vouvoyer lors du traditionnel discours de bienvenue dans son propre monde...
« Comme les oscillations de l'air finiraient en fort peu de temps, si le soleil répondait toujours au même endroit de la terre... » D'Alembert


La Gouttière