Interview with Obsküre:


En proposant une version "label" de sa démo qui avait marqué les esprits, Wired Brain, one-man-project de Phil, s’impose d’emblée sur la scène électro dark. L’occasion de laisser Phil nous éclairer sur son projet et ses ambitions était trop belle, alors nous en avons profité éhontément !

Peux-tu nous éclairer sur les tenants et aboutissants des projets et concepts Wired Brain (histoire, genèse...) ?

Wired Brain est en fait l’évolution "logique" de différents projets auxquels j’ai participé. En effet, vers la fin des années 80, aux alentours de 1987/88, j’ai fait partie de plusieurs groupes métal en tant que guitariste et compositeur. Mais, après plusieurs années de bons et loyaux services, il m’a semblé que le monde du hard-rock tournait un peu en rond, surtout en France, très conservatrice dans ce milieu qui restait scotché aux sonorités des 80’s (Helloween, Iron Maiden...)
J’avais envie d’explorer de nouveaux horizons et je cherchais ma voie sans trop savoir dans quelle direction aller. Certains groupes de néo-métal comme Fear Factory apportaient un peu quelque chose de nouveau au style mais sans aller assez loin à mon goût.
Puis ce fut la découverte de Nine Inch Nails et c’est à partir de ce moment-là que tout a basculé. Cela s’imposait comme une évidence, c’était ce style de musique qui me convenait et que je cherchais depuis un moment. Ce sentiment fut renforcé avec l’écoute de toute la scène canadienne (Frontline Assembly, Skinny Puppy, Numb).
Donc, vers 1996/97, je me suis retrouvé seul avec un pote chanteur à vouloir explorer cette voie, les autres membres du groupe dans lequel j’étais à l'époque n’adhérant pas du tout à ce style.
Puis, pour des problèmes de motivation et d’ambition, le chanteur a abandonné le projet (bon, il est vrai que je l’ai un peu aidé...) et l’on peut dire que c’est en 1998 que Wired Brain est officiellement né dans sa configuration actuelle.
Comme tu peux le voir, je ne suis pas un pionnier de la scène électro/indus mais j’ai bien rattrapé mon retard !

Le fait de retravailler une oeuvre est-il facile à appréhender, puisque au-delà d’un remixage de la démo, tu as repensé les titres, réenregistré des parties guitares, changé des samples ? N’est-il pas difficile de refondre son "bébé" ?

Je n’ai eu aucun problème à retravailler les titres, bien au contraire, car la démo datait déjà de presque un an et je n’étais pas vraiment satisfait du résultat final. Il faut dire que je suis un éternel insatisfait et, si je m’écoutais, je passerais mon temps à peaufiner et à changer telle ou telle partie sur chaque titre... mais il faut savoir s’arrêter à un moment .
Donc, la refonte m’est apparue comme une renaissance de l’album. Chaque titre a pris une dimension nouvelle, l’album s’en est trouvé magnifié tout en gardant son atmosphère originale... mais en mieux !
Et ce n’est encore rien par rapport à ce tout que j’ai en tête pour le prochain...

Comment s’est déroulé le processus de ré-enregistrement ? Le travail avec Rémy (Mlada Fronta + Millenium Studios) et son apport tant au niveau sonore que musical ?

Ça a été une fantastique expérience. Humaine d’abord car j’ai pu rencontrer Rémy et toute l’équipe du Millenium Studio et ce sont des personnes qui valent le coup d’être connues. Super ambiance.
Ensuite, sur le plan plus technique, en deux semaines d’enregistrement, j’ai pu apprendre beaucoup. Nous avons complètement réenregistré l’album. Tous les samples ont été retravaillés à fond, les parties de synthé et de guitares refaites, les rythmes ont pris plus de puissance et de clarté... en bref, tous les titres ont été transfigurés.
Rémy est un perfectionniste et a une oreille musicale remarquable. Il a su tirer le meilleur parti des différents sons. Il a apporté beaucoup au niveau de la définition des rythmes et des différentes couches sonores tout en gardant la touche Wired Brain bien présente. Un vrai travail de producteur de haut niveau qui apporte un plus sans phagocyter le projet initial.

As-tu conçu [Re]:Wired comme une histoire ? Peux-tu nous exposer ce thème ou bien préfères-tu laisser l’auditeur imaginer son propre contexte ?

Contrairement à ma précédente démo "Asylum", il n’y a pas de concept dans [Re] :Wired. C’est juste une suite de thèmes qui me tiennent à coeur comme le pouvoir néfaste que peut exercer la religion ou les méandres de l’esprit humain et ses côtés les plus obscurs.
Maintenant, c’est à chacun de se forger son opinion et de créer ses propres images allant avec les sons que je propose. Il est toujours préférable que l’auditeur laisse aller son imagination plutôt que de suivre bêtement une voie que je tenterais de lui imposer arbitrairement.

Bien que l’album dans son intégralité soit intimiste, l’association d’ambiances très sombres et de rythmes dansants va faire mouche sur les dancefloors, pour des titres pris indépendamment. Etait-ce voulu ?

Pas du tout ! Lors de la création d’un morceau, je ne pose pas la question de savoir vers quelle direction il doit aller : elle s’impose d’elle-même selon l’humeur du moment et les images que j’ai en tête. Je ne me fixe pas de limites de style. Aucune importance si le morceau est trop électro, trop indus, trop métal... tant qu’il sonne bien à mes oreilles, c’est mon seul critère de sélection.
Certes, il est parfois un peu plus délicat de cerner et "classifier" l’album (surtout pour les journalistes d’ailleurs qui se perdent en références de toutes sortes), mais je ne veux surtout pas me limiter et m’imposer des contraintes dans le but de séduire tel ou tel auditoire précis.
Je tiens d’ailleurs à remercier mon label Cortex Records pour avoir pris la décision de produire l’album car il doit certainement être plus difficile à définir et à vendre qu’un Funker Vogt ou autre groupe formaté dancefloor où l’on sait toujours par avance ce qui va ressortir des enceintes quand on place le CD dans la platine !
À une époque où l’on nous gave avec un tas de produits formatés et pré-mâchés, le plus souvent peu ragoûtants d’ailleurs, il est bon de proposer une alternative différente, tout du moins plus sincère et authentique en tout cas... même si je sais pertinemment qu’une telle démarche n’a que peu de chance commerciale par rapport aux grosses pointures Universal et autres Popstars de tout poil !

Comment en es-tu arrivé à travailler seul ? Est-ce suite à des expériences en groupe, une volonté de contrôle total sur le produit fini ?

Les deux. Comme je te l’ai dit, j’ai fait partie de plusieurs groupes et je me suis ensuite retrouvé seul. D’un côté, je préfère cela au niveau de la phase de composition des titres, mais j’avoue que, sur scène, la présence d’autres musiciens avec moi me manque.
Bien sûr, je suis conscient qu’à force de travailler en solitaire, je ne suis peut-être pas des plus faciles à vivre en groupe mais c’est parce que je sais vraiment ce que je veux pour Wired Brain et j’ai beaucoup de mal à trouver d’autres personnes partageant la même vision de la musique et les mêmes motivations que moi.
D’ailleurs, si un chanteur ou un batteur motivés lisent ces lignes et se sentent en phase avec la musique de Wired Brain, qu’ils n’hésitent surtout pas à me contacter : on peut faire des trucs ensemble !!!

Comment as-tu vécu ta "rencontre" avec N.I.N, Frontline Assembly ou Skinny Puppy ?

Ce fut ce que l’on peut appeler une véritable révélation. Je cherchais ma voie musicale depuis quelques temps déjà, le petit monde du métal commençant à me sembler de plus en plus exigu, et j’ai tout de suite compris que le style musical proposé par les groupes que tu cites était ce que je recherchais. C’est comme un coup de foudre en amour où tu sais au premier regard que tu viens de rencontrer la personne que tu attendais depuis toujours.
J’étais excité comme une puce et il a fallu prendre mon mal en patience avant de me lancer dans la compo de nouveaux titres car il me fallait acquérir du matériel adéquat. En effet, malgré la démocratisation de l’informatique musicale, c’est pas donné !!!

Tes titres sont-ils issus d’une expérimentation, en superposant des idées subites, ou bien la transcription sonore d’images mentales ?

Là aussi, les deux. Cela dépend des jours. Parfois, j’écoute un son, une phrase dans un film et je me sens inspiré. Je récupère ce son et je cherche à le modifier, le boucler et le mixer avec d’autres jusqu’à créer une sorte de rythme étrange. Je trouve très intéressant d’arriver à produire une boucle avec un son, une voix ou tout autre bruit bizarre qui n’était pas du tout destiné à cela au départ. C’est comme une sorte de recyclage artistique !
D’autres fois, c’est en cherchant des boucles de rythmes (parfois de manière un peu aléatoire... le hasard peut produire des trucs sympas qu’il me suffit de peaufiner ensuite).
Je n’ai pas de manière précise et immuable de composer. Il se peut que je reste plusieurs semaines sans toucher aux machines ou à la guitare quand je n’ai pas l’inspiration. Dans ces cas-là, et je parle par expérience, il vaut mieux que je laisse le temps faire plutôt que de me "forcer". J’ai déjà essayé et cela se finit toujours de la même manière : 5 minutes après avoir branché toutes les bécanes, tout ce qui a pu en ressortir finit inévitablement à la corbeille... Il vaut mieux tout éteindre et se mater un bon film ou lire un bon bouquin !

Travailles-tu plutôt avec des logiciels (lesquels ?) ou des racks ? Attaches-tu de l’importance à l’aspect "tactile" et réactifs des "vrais" potentiomètres ?

Je travaille à la fois avec des logiciels et des racks. Pour ceux que la technique intéresse, je peux te donner une petite liste du matériel utilisé. En software : Cubase VST, ReBirth, Peak le tout tournant sur un PowerMac 9600. En hardware : E-MU Orbit 9090, Yamaha FS1R, Yamaha A3000, une guitare Jackson Custom USA branchée sur un Digitech Legend II et un SansAmp Tech 21... le tout, relié à mes doigts ! Sinon, j’utilise aussi des samples pris sur divers CD du commerce.
Quand tu parles de l’aspect tactile, c’est vrai que cela a de l’importance à mes yeux. C’est pour cela que je tiens toujours à jouer du synthé et de la guitare en live et non seulement à faire du mix. Cela vient certainement de mon background musical quand je jouais avec de "vrais" groupes.

Comment envisages-tu le live ? Est-ce un zone d’exploration et de challenge ou plutôt une façon d’asseoir les compos et de leur donner un visage encore plus percutant ?

Pour l’instant, étant donné que je suis seul sur scène, je ne peux me permettre trop d’impro vu que je joue avec des machines programmées. Certes, je rajoute souvent des synthés et surtout des riffs de guitare par rapport aux versions studio histoire de varier les plaisirs et de rajouter de la puissance. Sinon, autant appuyer sur la touche Start du séquenceur et laisser faire les machines en faisant sembler de tourner des boutons et pousser des faders (ça c’est souvent vu !)
A l’avenir, ce que je souhaite c’est former un groupe live avec 3 ou 4 musiciens capables d’alterner la guitare, le synthé ou le chant et un vrai batteur, histoire de proposer sur scène quelque chose de différent, de plus vivant et attractif pour le public. Cette configuration permettrait de changer le visage des titres, sans les défigurer bien sûr !

Quels sont tes projets, après la grande tournée avec Mlada et Mimetic ?

Pour l’instant c’est cette tournée qui occupe mon esprit. La "confrontation" avec ces deux grands ne va pas être des plus simples, vu que l’on ne pratique pas vraiment le même genre de musique et que le public vient pour les voir en priorité (et les écouter aussi). Mais le challenge est très excitant. J’espère que le résultat sera à la hauteur des moyens mis en oeuvre.
Ensuite, dès la tournée achevée, j’oublie les anciens titres pour un temps et je me remets sur la compo de nouveaux morceaux pour le prochain album... enfin si tout va bien et si [Re]:Wired n’est pas un fiasco pour Cortex Records !
Donc je compte sur vous pour assurer mon avenir ?

Le mot de la fin ?

"Do not trust all your Gods !"

interview réalisée par Nikö pour www.obskure.com