Interview with Elegy


WIRED BRAIN & SON CORTEX


Groupe d'inauguration du catalogue de Cortex Records, Wired Brain marque une fois de plus sa différence et son originalité. Entretien autour d'une actualité chargée avec un Philippe Astolfi au-delà des étiquettes et des "recettes"...


On te connaissait déjà depuis tes trois démos CD-R et on s'impatientait de ne pas te voir signé sur un label. Cortex Records semble être un aboutissement. Peux-tu nous raconter en quelques mots cette rencontre et nous dire ce que tu attends ?

Lol m'avait contacté il y a plus de deux ans maintenant, à la suite de la chronique de ma première démo "officielle", Smile of the dead shadow, dans le numéro de mars 2000 d'Elegy. Il était intéressé pour l'intégrer dans son catalogue de VPC. Nous sommes restés en contact depuis, et c'est au début de cette année qu'il m'a proposé de produire, de manière professionnelle cette fois, ma dernière démo en date, [Re]:Wired. Cet été, le label a beaucoup investi dans la production et la promotion de l'album. Il est rare, en effet, qu'un label indépendant offre les meilleures conditions possibles à un groupe lors de sa première signature. La pression s'en ressent d'autant plus à mon niveau. J'espère que tous ces efforts ne seront pas vains et que le public saura apprécier le travail fourni à sa juste valeur.

Tu as entièrement réenregistré l'album pour Cortex Records. J'imagine que cela a été un travail titanesque...

En effet, j'ai passé deux semaines au Millenium Studio de Rémy Pelleschi (Mlada Fronta) pour réenregistrer totalement le disque. Il y a eu un très gros travail de production et de mixage et cela s'entend au final : plus rien à voir avec la démo. Un son beaucoup plus clair et plus puissant. Cortex Records voulait frapper un grand coup pour sa première référence en proposant un produit irréprochable au niveau de la qualité sonore, chose qui fait malheureusement souvent défaut dans grand nombre de productions indépendantes. Pour ce qui est de la qualité " artistique ", ce sera à vous de juger...

Lorsque l'on parle de WB, on cite pas mal de légendes (NIN, FLA, Skinny Puppy,..) mais personnellement, je trouve ton style vraiment original, à mi-chemin entre electro et crossover... Comment vois-tu la chose ? Est-ce un problème d'être (trop) inclassable ?

Il est certain qu’à la sortie d’un nouvel artiste on soit tenté de lui coller une étiquette ou, tout du moins de lui trouver des références afin de mieux définir sa musique. C’est tout à fait logique au départ.

Les références que tu cites sont flatteuses bien que j’aie sincèrement toujours du mal à reconnaître ma musique dans ces comparaisons, même si ces immenses groupes que j’adore sont indéniablement à l’origine de ma " reconversion "  à ce genre musical et exercent inconsciemment une influence sur mon travail.

Je ne sais pas si le fait d’être inclassable est un avantage ou un handicap. Ce qui est certain c’est que lors de la composition des morceaux, je ne me pose pas la question de savoir s’il sont trop indus, trop électro, trop métal... l’important étant qu’ils sonnent bien et qu’ils me conviennent. Je ne tiens surtout pas à me cantonner à un style précis. Chaque morceau a une atmosphère qui lui est propre. Je ne supporte pas les albums où l’on applique la même " recette " qui fonctionne, commercialement parlant, à tous les titres.

Les musiciens qui nous lisent savent qu'il est extrêmement difficile de faire cohabiter les guitares avec l'électronique. As-tu un secret de réussite?

Il n’y a pas de recette miracle, de plus je n’aime pas les " recettes " comme je l’ai dit. Peut-être est-ce le fait de mon background musical en tant que guitariste dans des formations à tendance métal.

En fait, je ne pense pas qu’il soit si difficile que cela de marier les guitares à l’électronique. Je crois surtout que ce sont les musiciens eux-mêmes qui s’interdisent souvent de placer des instruments plus " classiques " pour ne pas courir le risque de trop s’écarter de leur style musical et de désorienter quelque peu leur public. Il arrive que la guitare soit bizarrement et négativement perçue par le public indus ou électro.

J’aime le contact physique de l’instrument, surtout sur scène. Il apporte une puissance supplémentaire non négligeable et permet aussi de ne pas être trop statique en live, surtout lorsque l’on est seul.

Tu comptes prochainement changer la structure de Wired Brain et l'ouvrir vers une formation à plusieurs membres... ?

C’est en effet mon souhait le plus cher. Je suis en contact avec un batteur mais il me manque toujours le chanteur qui apportera un plus indéniable à Wired Brain, surtout en concert (j’en profite d’ailleurs pour lancer un appel...

Un " vrai " groupe est toujours plus vivant sur scène et lorsque l’alchimie est parfaite entre tous les membres, il se dégage quelque chose de magique. De plus, c’est nettement plus intéressant pour le public qu’un type seul derrière son ordinateur qui ne bouge pas pendant tout le set et qui tourne des potentiomètres ou appuie sur des boutons (ou parfois fait semblant de le faire...).

L’idéal serait un groupe formé de 3 ou 4 personnes au plus, avec des musiciens polyvalents qui pourraient alterner synthé, guitare ou chant. Le but étant d’éviter la routine à tout prix, de proposer toujours quelque chose de nouveau.

L'une de tes phobies est de côtoyer la foule. Comment gères-tu cela sur scène ?

C’est vrai que je suis un solitaire et que j’ai beaucoup de mal avec la foule. Je ne fréquente pas les soirées, non pas par snobisme, mais parce que je m’y sens très vite mal à l’aise.

Par contre, sur scène, c’est tout à fait autre chose. Là, je suis dans mon élément et le fait qu’il y ait beaucoup de public ne me dérange pas, bien au contraire ; mais dès le concert terminé, je préfère souvent rester dans les loges ou plus à l’écart qu’au milieu de la foule.

Certains pourraient juger cette attitude de façon négative, mais je ne cherche pas à " jouer la star inaccessible ", ceux qui me connaissent un peu le savent bien. De plus, je ne suis pas une star... enfin, pas encore !

Tu as démarré ta grande tournée en compagnie de Mlada Fronta et Mimetic par des concerts à Paris et Strasbourg. Peux-tu nous livrer tes anecdotes et sentiments sur ce qui s'est déjà passé ? Et comment fut cette grosse organisation ?

J’ai commencé la promotion de [Re]:Wired sur scène à Paris, lors de la soirée Natural Noising Activists en compagnie de Mimetic, HIV+, Dither, Apophasis, etc, ainsi qu’à Strasbourg pour le lancement de l’album le jour de sa sortie.

Concernant le show de Paris, je dois reconnaître que ce ne fut pas vraiment ce que l’on peut appeler une réussite. Bien que l’initiative était louable (fait assez rare en France pour être signalé), les conditions n’étaient pas des meilleures. Je pense déjà que l’affiche était trop importante, ce qui fait que je n’ai pu commencer à jouer qu’après 3 h du matin devant une salle aux trois quarts désertée par le public. De plus, le son était de très mauvaise qualité. Il est certain que dans de telles conditions, malgré tous mes efforts, je ne suis pas du tout satisfait de ma prestation.

Malgré tout, cette soirée m’aura permis de rencontrer des personnes intéressantes, dont Emmanuel de LT-NO (qui est venu chanter sur scène avec HIV+ et moi-même sur un titre mémorable tant les ennuis techniques se sont accumulés !), et qui est quelqu’un de charmant et très accessible, ainsi que Jérôme de Mimetic avec qui j’aurai le grand plaisir de partager l’affiche lors de la tournée française de novembre/décembre en compagnie de Mlada Fronta. Que du beau monde ! Ça promet quelque chose de grand... si le public est au rendez-vous !

Un mot sur ta participation à H.I.V.+ et notamment sur le dernier double album de Pedro ...?

J’ai rencontré Pedro à Lyon il y a un an et demi lors d’un concert où nous étions sur la même affiche. Je lui avais fait passer à cette occasion ma précédente démo Asylum, démo qu’il avait adorée. Il m’avait alors demandé de lui concocter un remix pour son premier album et, l’expérience s’étant avérée concluante, de lui en refaire un autre pour son second.

C’est ainsi que lui est venu l’idée de prolonger notre fructueuse collaboration afin de proposer quelque chose de plus conséquent, ce qui s’est traduit par ce disque en commun Other Mystic Territories qui fait partie de son dernier opus.

Bien qu’à la base je préfère travailler seul, je dois reconnaître que cet échange mutuel s’est avéré très enrichissant, d’autant plus qu’il m’avait laissé une très grande liberté d’action. Le seul mot d’ordre étant : " Il faut que ça sonne ! ".

J’espère que l’on a réussi à tenir cette promesse.

ELEGY n°25 (12/2002)